La victoire des Bleus en Russie : l’accalmie avant la terrible tempête ?

Comme en 1998, la victoire des Bleus en Russie a provoqué des scènes de liesse dans tout le pays. Des Marseillaises chantées à l’unisson, des embrassades et des sursauts de joie à chaque but sur les places publiques, aucun autre évènement ne suscite autant d’extase dans l’hexagone. “Black, blanc, beur” en 1998, “Vive la République, vive la France !” en 2018, le slogan a changé mais l’impression d’une France qui vibre ensemble reste la même.

Cependant, si cette joie s’estompe aussi vite qu’en 98, alors mis à part une deuxième étoile sur notre maillot, cette coupe du monde n’aura servi à rien – pire encore, si tout se passe comme il y a 20 ans, lorsque l’extrême droite avait accédé au deuxième tour des présidentielles pour la première fois en 2002, alors des heures sombres sont à envisager. Une nouvelle tempête s’annonce-t-elle déjà ? Et si Emmanuel Macron nous a sauvé en 2017, sera-t-il en mesure de réitérer sa performance en 2022 ? Rien n’est moins sûr.

L’élection du Président Macron en 2017 face à la représentante d’extrême droite Marine Le Pen, est apparu comme un signe que la France rejetait, une fois de plus, l’appel de l’extrême, du radical. Et dans cette continuité, la joie que les Français ont déversé dans les rues avec tant de sincérité suite à la victoire de l’équipe de France en Russie – seulement un an après les élections présidentielles – pourrait ainsi inspirer une forme de tranquillité d’esprit, et laisser à penser que l’orage est passé, que tout va bien – loin de là.

Même si le Président et son administration démontrent toujours l’envie de travailler et de réformer la France ainsi que l’Europe pour mieux servir les gens, et même si l’amour commun d’un maillot et les drapeaux tricolores ont inondé la France durant l’espace d’un mois, donnant cette impression de bonheur partagé, le pays traverse – comme toute l’Europe – une crise identitaire sans précédent. “Identitaire” n’est ici pas un terme opposant Européens et non-Européens, il n’est donc pas question ici de faire de la crise migratoire le centre du malaise ambiant, même si la gestion bricolée et non solidaire de ce flux humain aggrave la situation. Non, ce terme ici vise un doute, un mal-être poussant quelques Français et autres Européens à remettre en question nos valeurs, nos principes – un sentiment poussant certains à se demander si les dirigeants du continent ne nous ont pas dirigé dans la mauvaise direction depuis ces 75 dernières années. Une crise identitaire donc qui nourrit les extrêmes en ralliant à leur cause de plus en plus de personnes qui se demandent si leurs intérêts ne se trouvent pas en réalité dans la fermeture, des frontières et des marchés d’abord, ensuite du débat, et enfin, de l’esprit. Dire que nous nous trouvons dans une situation alarmante, dans laquelle le pouvoir exécutif ne doit pas échouer, n’est pas exagéré. Et si les hommes et les femmes de l’équipe aux commandes s’y trompent, alors Emmanuel Macron et son parti risquent de se faire sortir de l’Élysée aussi vite qu’ils y sont rentré – un tel choc serait sans nul doute à la hauteur, si ce n’est plus, de l’espoir fondé dans le Président lors de son élection.

Le Front National vaincu, et le duo Le Pen-Phillipot ayant divorcé, il serait presque facile de considérer l’extrême droite lentement en extinction – mais non, la nouvelle génération se prépare doucement. C’est un secret de polichinelle : Marion Maréchal souhaite voler la vedette à Marine Le Pen, et la jeune vague radicale que Marion représente ne se fera pas prier pour porter le coup de grâce à sa tante et prendre les devants dès que l’occasion se présentera. Une fois les manettes en main, et au vu de l’obsolescence grandissante du seul parti traditionnel encore sur pied – les Républicains – il ne sera pas bien difficile de combler le vide laissé par une classe politique de dinosaures qui luttent toujours pour préserver leur place sur l’échiquier.

Emmanuel Macron a réussi un réel coup de maître – être élu Président de la République à 39 ans seulement, alors que personne ne connaissait son nom 4 ans auparavant – du jamais vu ! Mais il ne fait aucun doute que sans son énergie et la montée fulgurante de sa popularité qui ont surpris le pays tout entier, Marine Le Pen se serait retrouvée en face de Jean-Luc Mélenchon au deuxième tour – un choix effrayant qui nous aurait condamné à opter pour le moins terrible des deux.

Et si Marine Le Pen ne le sait pas encore, ou ne souhaite pas l’admettre, son règne à la tête de l’extrême droite touchera vite à sa fin. En réalité, son rêve de rentrer un jour à l’Élysée, triomphante, s’est envoIé le soir du débat d’entre deux tours face à Emmanuel Macron – un débat durant lequel elle a piteusement échoué, et démontré à ses propres troupes qu’elle n’a et n’aura jamais les épaules pour diriger le pays. Marine Le Pen a planté, sans le savoir, le décor idéal pour faciliter l’arrivée de sang neuf. Marion Maréchal arrive en embuscade, à peine cachée, et elle arrive vite.

Marion Maréchal sera déterminée et aura l’énergie nécessaire pour bousculer Emmanuel Macron. Elle est jeune, motivée et charmante d’apparence, elle s’exprime correctement en Anglais et a les faveurs plus que prononcée d’une Russie qui, nous le savons, est prête à monter quelconques plans financiers nécessaires pour supporter les campagnes de tous les partis extrémistes d’Occident. Et si ce n’est pas suffisant, comme l’ont prouvé successivement le vote du Brexit et l’élection de Donald Trump, la manipulation des faits afin de mettre en avant une rhétorique fondée sur des mensonges fonctionne – ce qui est encore plus alarmant. Et ce, sans oublier l’interférence outrancière, mais complètement niée, de la Russie dans diverses élections démocratiques occidentales. Vladimir Poutine saisit toutes les chances qu’il perçoit pour diviser encore plus l’Ouest, et faire avancer des candidats pro-Russes et anti-démocratiques dans le monde. Demandez donc aux élites du Kremlin ce qu’ils pensent de la jeune Marion Maréchal. Ils vous diront tous que c’est que c’est une jeune femme prometteuse, une étoile montante de la politique Française, et surtout, une amie déclarée de la Russie – inquiétant.

C’est pourquoi il est crucial que l’actuel Président garde la tête froide et les yeux sur son objectif : redresser la France. Il doit une fois de plus se jouer du destin pour nous épargner un avenir où l’extrême prendrait la tête du pays. Le Président est dans l’obligation de tenir ses promesses de campagne, principalement à l’échelle nationale, mais aussi à l’internationale – car s’il se loupe, l’histoire elle ne se loupera pas. Le Président doit impérativement améliorer de manière significative la qualité de vie des Français, pour leur prouver que le choix qu’ils ont fait en 2017 de l’ouverture et de l’optimisme était le bon. L’Élysée doit se battre sur tous les fronts : le chômage, les retraites, l’éducation, le pouvoir d’achat, l’économie dans son ensemble, et lancer une réforme profonde pour métamorphoser une Europe qui vieillit et se divise de jour en jour. Emmanuel Macron n’a pas le droit à l’erreur, car si l’histoire se répète et que la victoire de nos Bleus présage des temps graves, il faudra au Président plus qu’un effet de surprise et un goût de nouveau, qu’il aura perdu déjà, pour nous sauver d’une terrible déconvenue.

GHF

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