Ce que la vie du héros Américain John McCain pourrait inspirer à nos acteurs politiques

« Héros » n’est pas un terme commun dans la langue Française, et ceux qui pourraient inspirer ce statut par leurs actions suscitent en général chez nous plus de méfiance que d’admiration. Est-ce parce que nous sommes en panne de héros depuis longtemps déjà ? Ou est-ce parce que nous ne les apprécions pas ? La réponse se trouve probablement entre les deux. Mais peu importe, il est bien des aspects du caractère du défunt John McCain dont nous et nos acteurs politiques pourrions-nous inspirer, si tenté que nous acceptions que les héros puissent exister.

Un grand homme de l’histoire politique Américaine des quarante dernières années s’est éteint le Samedi 25 Août, à la suite de son combat admirable contre un cancer du cerveau. Un état de santé qui ne l’a par ailleurs pas empêché de prendre la parole au Sénat pour critiquer ses collègues et le Président Donald Trump pour leur projet d’annulation du plan de santé passé sous la présidence d’Obama. John McCain n’avait plus grand chose à voir avec l’homme ou la femme politique d’aujourd’hui. Voyez-vous, l’ancien sénateur de l’Arizona était un homme à la carrure d’état, un homme de principe qui savait mettre sa fierté en marge de l’intérêt commun qu’il a toujours su placer au centre de son combat. Autrement dit, il représentait une classe politique ancienne qui selon toute vraisemblance est en passe de disparaître.

Un vétéran du Vietnam détenu et torturé durant deux longues années qui lui auront laissé des séquelles physiques importantes – étant incapable de lever ses bras plus haut que ses épaules, et boitant – McCain était connu et reconnu dans son pays pour son franc parlé, faisant de lui un Républicain respecté de tous. L’ancien militaire reconverti dans la politique n’était pas un adepte de la langue de bois, et n’a jamais hésité à condamner son propre parti lorsqu’il le pensait nécessaire, ou à défendre le candidat adverse à la présidentielle de 2008, Barack Obama, lorsqu’une dame doutait du bon caractère de ce dernier au prétexte qu’il était Arabe – une attaque à laquelle McCain répondit sans bafouer : « Non Madame, Non Madame ! C’est un homme décent et un bon père de famille avec qui je suis en désaccord concernant des problèmes fondamentaux ». Ce moment restera gravé dans l’histoire des campagnes présidentielles Américaines comme un moment important, où un candidat refusa catégoriquement de tomber dans les attaques de personnes qui caractérisent fréquemment désormais les débats politiques – et qui expliquent en grande partie leur stérilité. Pourrions-nous imaginer un Jean-Luc Mélenchon, qui s‘épanouit tant dans l’invective, prendre la défense d’un homme ou d’une femme politique avec qui il est en désaccord ?

John McCain était un homme pour qui une seule chose comptait : servir son pays. Cela, il l’a fait en servant dans la Navy tout d’abord, mais aussi et surtout par la suite en sachant mettre son égo de côté et le bien de tous ses concitoyens au-dessus de l’idéologie politique, aveugle et agressive, qui bloque aujourd’hui systématiquement les débats à Washington – et chez nous.

Sur la scène internationale, l’homme fort d’Arizona n’a jamais eu l’intention de laisser son pays devenir un témoin passif de l’histoire – pour lui, Washington doit faire l’histoire et non la subir. McCain était un interventionniste assumé qui ne pouvait pas imaginer une politique étrangère Américaine dans laquelle Washington ne s’activerait pas à défendre les principes fondamentaux du droit international, garants de la paix et de l’équilibre mondial que les États-Unis ont établi après la Seconde Guerre Mondiale. C’est pourquoi le sénateur n’a jamais manqué une occasion de prêter sa voix à des causes justes hors des frontières Américaines, dans des pays comme la Géorgie qu’il a vivement défendu durant l’invasion Russe de 2008, ou encore l’Ukraine qu’il est allé visiter lors de la révolution de 2014 pour aller à la rencontre des manifestants de la place Maidan. Cet ancien prisonnier de guerre n’a jamais considéré la liberté et la justice comme des droits acquis, et il a toujours affiché son envie de se battre en leurs noms. Pour lui, il n’y avait jamais de cause juste dont le combat est vain.

Son humanisme et son envie d’ouverture lui aura voulu quelques foudres au sein du parti conservateur Américain, mais il s’en fichait. Ses principes, son caractère et son courage l’ont toujours poussé à faire ce qu’il pensait requis pour faire avancer les siens, et non sa propre cause – ce qui encore une fois lui vaut l’admiration de la quasi-totalité de la classe politique Américaine.

En ultime démonstration de sa volonté de rassembler, l’ancien sénateur a demandé à Barack Obama et George W. Bush de dire quelques mots lors de ses funérailles – deux hommes que tout oppose mais avec qui il entretenait des rapports respectueux et cordiaux malgré avoir connu la défaite face à chacun d’entre eux deux, en 2000 lors des primaires, et en 2008 lors des présidentielles. C’est John McCain lui-même qui semblerait-il les a contactés pour leur demander de prendre le pupitre et de lui rendre hommage. Cette demande a surpris les deux intéressés mais symbolise ce que McCain percevait comme étant le dénominateur commun qu’il partageait avec les deux anciens présidents : l’envie de montrer l’exemple et de faire avancer le peuple Américain avec unité et solidarité, et ce malgré les divergences politiques. D’ailleurs, son vœu d’exclure l’actuel Président des États-Unis de ses funérailles n’est pas anodin. Il n’était simplement pas question pour l’ancien pilote de voir un homme qui passe son temps à diviser et à rompre avec tous les principes de la politique Américaine que McCain représentait prendre place parmi les invités et assister à la cérémonie.

Enfin, s’il y a bien une leçon à retenir de John McCain, c’est bien que peu importe la situation, difficile ou non, le devoir des hommes et des femmes politiques est de montrer le chemin en refusant la facilité, et en œuvrant sans répit afin de tisser des liens entre tous les membres de la société pour avancer ensemble. Pour John McCain, être un acteur politique représentait l’honneur de servir les siens et le devoir d’authenticité qui semble souvent échapper à certains de nos représentants actuels. Et si les héros ne sont habituellement pas populaires dans l’hexagone, peut-être serait-il bien que certains acteurs politiques Français s’inspirent des qualités d’un homme qui n’aura clairement pas volé ce titre honorifique.

 

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